LES AMIS DES ARCHIVES D'EVENOS

L’histoire du Broussan par l’Abbé Saglietto

Publié dans ABBÉ SAGLIETTO

La brousse fabriquée jadis par les habitants du Broussan serait à l’origine du nom de ce hameau. D’après l’abbé Saglietto, notre chroniqueur communal, ce serait plausible car au XVe siècle, les principales ressources des broussanais se trouvaient être d’origine laitière et fromagère.
Suite du feuilleton…

« Situé au pied du Mt Caume, au milieu d’une cuvette, entouré de hautes montagnes presque sur les bords dénudés du torrent du Destel, ce petit hameau tel qu’il est, n’est pas antérieur au XIVe siècle.
Son origine ne parait pas être différente de celles des autres agglomérations du quartier qui, comme leurs noms l’indiquent « les Ferrands » les « Cadières » se sont effectué avec le développement et la prospérité des premiers foyers.
A cette époque, les familles d’une même souche ne tendaient pas à se dissocier comme de nos jours (1927): elles se soudaient au contraire les unes aux autres, guidées surtout par un sentiment profond de respect et d’amour pour les vieux dont les conseils, basés sur une large expérience étaient toujours écoutés. C’est sans doute parce que celle du Broussan marcha dans cette voie pendant plusieurs générations qu’elle s’étendit toujours davantage et finit par donner son nom à toute la région.

Bien que l’acte de naissance que nous accordons aux diverses habitations de cette partie du territoire communal ne remonte pas au delà de l’époque moderne, il ne faudrait pas conclure  cependant que son sol n’ait pas été débroussaillé et mis en culture plus anciennement.

Au commencement de notre ère, l’aspect de ce quartier ne devait pas beaucoup différer de celui que l’on a de nos jours. Nous avons constaté en effet ainsi que nous le disions au commencement, des vestiges assez abondants de l’époque Gallo-Romaine consistant en débris de tuiles à rebords, amphore, dolium et même des vases samians, à l’entrée des gorges du Destel, aux Cadières, à la Reboule, près du Château, à l’Auberte, aux Sambles, etc, preuve évidente que ces lieux étaient déjà exploités en ce temps-là.
A la suite de quel bouleversement cette population  agricole s’éclipsa-t-elle?. Encore une fois, c’est le secret du passé, secret qui pourrait s’éclairer  sinistrement un jour, à la lumière des violences calamiteuses que nous préparent l’immoralité et l’indiscipline contemporaine…(1927) »

« Quoiqu’il en soit, il nous faut arriver au XVe siècle pour retrouver de nouveau de la vie dans ce quartier. Tandis que celui de Ste Anne fut plus lent à fixer sur son sol, fertile cependant, ses propriétaires. Le Broussan, lui, réalisa plus d’un siècle auparavant  l’habitation de ses campagnes. Nous en trouvons la cause dans l’avantage qu’il y avait d’être situé sur la voie royale de Toulon à Marseille et au carrefour de deux autres chemins royaux , Toulon-Le Beausset par l’Ero Profundado et les Quatre Chemins, et Toulon-Evenos-La Cadière par le Val Aren.

Evidemment cette position de choix à la première étape d’une ville importante, sur le passage par où s’écoulait le commerce régional, ne pouvait qu’attirer  les plus entreprenants des habitants du village d’Evenos.

La Bastide Vieille et l’Auberge, transformées plus tard en maison seigneuriales, furent sans doute les premières habitations. Le hameau avec sa « carrière franque »(!) était déjà formé au commencement du XVIe siècle. Le livre terrier de l’époque compte une dizaine de fermes disséminées  dans les environs.

Ce que les voyageurs trouvaient en abondance au Broussan et qui était en même temps une des principales ressources des habitants, c’était le laitage et  le fromage; chaque famille avait son petit troupeau de chèvres qu’elle faisait paître dans la forêt.

Grand fut l’émoi lorsque le onze décembre, un arrêt du Conseil d’Etat vint obliger les propriétaires de ces animaux à s’en défaire
 » sous peine de 100 livres d’amende et la confiscation » parce que, y était-il dit, « ils mettent les forêts de la Provence en très mauvais état, en broutant les bourgeons à mesure qu’ils poussent, ce qui en prive les arsenaux du bois nécessaire à la construction des vaisseaux de sa majesté « .

L‘intérêt en jeu était trop grave pour que les propriétaires du Broussan acceptassent facilement de se conformer aux nouvelles prescriptions. Moyennant quelques précautions prises contre l’éventualité d’une investigation de police, ils conservèrent leurs chèvres et continuèrent à les nourrir  dans la forêt… »

Depuis l’antique site d’Orvès, vue sur Roboeuf.